Aujourd’hui, je voudrais partager avec vous… mon agacement. Savez-vous que ce qui crée le plus d’engagement sur les réseaux sociaux (« j’aime », commentaires et partages), ce sont, avant même les bébés qui gazouillent, avant les vidéos de recettes avec du gras et du chocolat qui dégoulinent, avant les photos de bimbos aux gros seins et aux duck faces, ce sont… les vidéos d’animaux mignons. Alors si c’est un animal mignon qui fait une duck face, je vous laisse imaginer.

Toutes sortes d’animaux peuvent envoyer leur candidature, à condition qu’ils soient velus, avec des yeux malicieux et de préférence des oreilles pointues. Par exemple le rhinocéros n’est pas encore entré dans la communauté des animaux mignons. Pas de poils et un peu trop sale. Le ragondin non plus, il a les dents pourries. La girafe, trop grande. Le girafon pourrait postuler mais sa « mignonitude » (terme employé par tout bon community manager postant un animal mignon) ne dure que trop peu de temps. Tout ce qui est animal adulte avec des dents pointues, on oublie. A moins que cet adulte soit particulièrement GROS. Et dans ce cas ça peut marcher, comme cet ENORME chat qui a pété les scores de la page Facebook d’Hellocoton (37 000 commentaires grâce à la technique de sioux « tague un pote »).

Donc vous imaginez bien que dans le top 10 des animaux mignons qui cartonnent sur les réseaux sociaux, on trouve le chat, le raton laveur, le panda, le koala, le hérisson et… et et et… le nycticebus, appelé plus communément Loris Paresseux. C’est un petit animal aux gros yeux qui vit en Australie. Enfin, pour ceux qui ont la chance d’être encore en liberté. Car je lisais récemment que cette petite créature devenue star des réseaux, est en danger d’extinction, capturée et dépossédée de ses dents avant d’être domestiquée, et souffre en réalité le martyr quand on la caresse. Et ces petites billes tellement expressives qui ont l’air de dire « aime-moi, adopte-moi » hurlent en fait « fais vite ta vidéo et remets-moi dans ma cage ».

Alors loin de moi l’idée de clamer que je ne suis abonnée qu’à la page d’Arte et France Culture (encore qu’elles en sont peut-être truffées, je n’ai pas vérifié). Que je détourne la souris dès que je vois passer ce type de vidéo. Au contraire, je ne les connais que trop bien. Ce singe qui donne le bib à un bébé tigre me fait fondre comme les 32 000 personnes qui l’ont partagé à leur tour. Et puis parmi mes comptes Instagram préférés, il y a bien cet adorable Pumpkin the Racoon au million d’abonnés ou le chien Momo d’Andrew Knapp qui fait moitié moins mais que j’adore dix fois plus…

On n’a rien inventé. Ces animaux mignons se baladent sur la plupart des fanpages Facebook. Car l’objectif de tout cela, côté community manager, c’est bien sûr d’envoyer du rêve pour contribuer au bonheur de l’espèce humaine (ahum), mais c’est aussi d’inciter ses fans à partager ce contenu pour qu’il soit vu auprès de leurs propres réseaux et en gagner de nouveaux (des fans). Bon, c’est vrai, il n’y a pas mort d’homme. Il y a juste extinction de Loris Paresseux. Et prise de fans pour des ânes. Mais des ânes mignons, hein.